Paris Comic Con 2015 – Interview de Pierrick Colinet et Elsa Charretier

Paris Comic Con - Interview Colinet Charretier

Le son de la vidéo est malheureusement inaudible, mais nous vous proposons l’intégralité de l’interview des deux auteurs de The Infinite Loop, Pierrick Colinet et Elsa Charretier, par écrit.
L’interview a pris place lors de la Paris Comic Con 2015.


 

  • Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs?

Pierrick Colinet: Je suis Pierrick Colinet. Je suis scénariste et je travaille pour IDW aux Etats-Unis.

Elsa Charretier: Je m’appelle Elsa Charretier. Je travaille pour IDW et Glénat également.

  • Vote campagne Ulule s’est achevée sur un succès. Pourquoi le financement participatif ?

Pour plusieurs choses. Pour avoir une liberté totale dans la création. C’est un projet qu’on avait déjà proposé aux éditeurs il y a deux ans et qui n’avait pas pris. On était vraiment attaché aux personnages et on s’est dit : on va le faire. Mais je ne veux pas entendre un non, donc on va le faire nous-même. Comme ça on est sûr que personne ne nous mettra des bâtons dans les roues ou nous donnera des conseils qu’on n’a pas envie d’entendre.

C’est surtout que le sujet dont on parle qui est la cause LGBT peut parfois être un sujet sensible et tendu, particulièrement en France. On voulait avoir la possibilité de dire exactement ce qu’on voulait, de pouvoir raconter la relation des personnages comme on l’avait envisagé et on pensait que le fait de faire ça tous les deux, sans contrôle éditorial, pourrait être bénéfique pour le livre. Puis on avait tous simplement envie de tenter l’aventure.

  • Globalement, le message (de tolérance sur l’acceptation des couples du même sexe) auprès des lecteurs est-il bien passé ? Est-ce que des gens ont été choqués ?

Il y a peut-être eu des gens choqués mais ils ne sont pas venus nous voir.

La grande majorité des lecteurs était très positive, autant en France qu’aux Etats-Unis. Même encore plus aux Etats-Unis, j’ai l’impression. En France, c’est tombé en même temps que le mariage pour tous. Donc au final, ça a accompagné le mouvement. Tandis qu’aux Etats-Unis, c’est encore un combat à mener et, du coup, le message était d’autant plus fort. Les gens qui se sont senti soutenu étaient encore plus touchés.

Teddy et Ano - Infinite Loop

C’est beau l’amour

Là où je suis content de voir que les mentalités changent, c’est que des gens hétéros sont venus nous voir et ils nous ont dit d’eux-mêmes : c’est génial qu’il y ait des livres comme ça, qui parlent de cette cause. Alors que ce n’est pas quelque chose qui les touche personnellement ou particulièrement.

C’est un des sujets du livre, donc si ça a fonctionné, c’est toujours agréable.

  • Pensez-vous que votre message de soutien à la cause LGBT aurait pu fonctionner avec deux héros et non deux héroïnes ?

C’est plus difficile.

Je ne sais pas si c’est plus difficile, il aurait fallu que les personnages apparaissent directement comme ça. Teddy est apparue en premier et était une femme, Ano ensuite était une femme également. Si j’avais dû changer les sexes, je ne sais pas si j’aurais réussi à l’écrire correctement. Ça aurait pu être aussi simple avec un scénariste qui aurait été bon pour le faire.

Quand je disais que ce serait plus difficile, je parlais des lecteurs. La réception du public aurait été différente.

Dans Saga, il y a des couples gays hommes.

Oui, mais ce ne sont pas les couples principaux. En France, les gens ont encore un problème avec l’homosexualité masculine. Parce que les lesbiennes, au pire, les gens sont indifférents ou trouvent ça mignon. C’est l’impression que j’ai. Après je peux me tromper, en fait j’espère me tromper mais j’aurais tendance à le penser.

C’est la première fois qu’on n’est pas d’accord. Pour moi, ça dépend de la qualité d’écriture des personnages, c’est tout. Je ne sais pas si j’aurais été assez bon que pour écrire des personnages hommes mais je sais que ça peut être très bien écrit. Avec la même puissance que si c’était des femmes.

Couverture Variante - Infinite Loop

Moment de féerie 

Evidemment, on peut écrire de très belles histoires avec des hommes. J’espère que la réception serait la même…

Les japonais le font très bien, il y a un énorme pan de la culture qui est consacré à la romance entre hommes.

Mais les japonais n’ont pas la même vision de l’homosexualité masculine que les européens.

Nous, en Europe, nous avons une vision pervertie des homosexuels, toujours dans la caricature, toujours des personnages de comédie. Dans les médias en général, le gay est soit le gars drôle soit la grande folle. On manque de gens normaux.

Dans la communauté gay homme, il y a une variété de gens, qui sont tous différents les uns des autres.

La question est vraiment intéressante.

Il ne nous reste plus qu’à en faire une BD et voir la réception. *rit*

Dans une dimension parallèle… D’ailleurs dans le tome 2 d’Infinite Loop, il y a une case où on voit des dimensions parallèles et Teddy et Ano sont des hommes dans l’une d’elles. C’était justement pour montrer que pour moi, ça ne fait aucune différence. Ce qui compte, ce sont les personnages. D’ailleurs Infinite Loop ne milite pas que pour les droits LGBT, il y a des moments où on comprend qu’il s’agit de se battre pour ses droits en général. C’est vraiment un message universel, donc finalement on pourrait changer les sexes.

C’est plus évident dans le tome 2 qu’on ne parle pas que des droits LGBT.

  • Quels sont vos projets futurs ?

Je travaille avec Georges Martin, le créateur de Game of Thrones, sur un graphic novel qui s’appelle Windhaven et qui va sortir courant 2016, un livre de 220 pages.

De mon côté, je développe plusieurs projets, toujours avec des personnages qui m’appartiennent, pas de licence. Je suis allé à New York la semaine dernière pour les pitcher à un éditeur et j’attends de voir si ça prend ou si ça ne prend pas. IDW nous a également demandé de travailler sur une licence en 2016, nous devons encore leur proposer des choses à ce sujet. Et peut-être la suite d’Infinite Loop, avec d’autres artistes. Comme les ventes sont bonnes, Glénat et IDW aimeraient continuer l’aventure.

  • Durant des conventions comme la Paris Comic Con, vous êtes amenés à rencontrer vos fans. Est-ce important pour vous ?

Non, nous venons juste pour les pâtisseries, on s’en fout des lecteurs *rire* Oui, évidemment, c’est capital. Ça fait partie du métier. Je discutais avec Matt Fraction, qui a publié Sex Criminals chez Glénat, et il disait qu’avec l’amour que donnent les gens quand ils achètent un livre, c’est la moindre des choses d’aller les voir, de signer leurs livres et de discuter avec eux. Moi j’adore faire ça, c’est un vrai bonheur.

Puis ce sont quand même des gens qui nous ont soutenu depuis le début à travers Ulule. Parce que, mine de rien, il doit y avoir cinq personnes qui nous ont vu sur Ulule à la base puis qui nous ont recommandé à cinquante autre personnes puis encore cinquante autre, etc. Des personnes qui parlent du livre, qui ont poussé le livre. Tout s’est fait sur le bouche à oreille. On est vraiment heureux d’aller voir les gens et ce sont souvent les mêmes têtes qu’on croise et qui ramènent des amis à eux, ce qui fait grandir la communauté. C’est vraiment important de les rencontrer, autant en France qu’aux Etats-Unis d’ailleurs.

Miniature Couverture - Infinite Loop Tome 01

Bonjour, moi c’est Teddy

Je pense d’ailleurs que la campagne de financement participatif qu’on a fait a créé une petite communauté qui grandit au fur et à mesure que le livre avance.

Oui, ils sont avec nous tout le temps. C’est presque comme s’ils faisaient le livre avec nous.

Parce qu’ils suivent les avancées, ils nous envoient des messages, c’est bien.

  • Est-ce que vous connaissez la Belgique ? Et qu’en connaissez-vous ?

La seule chose qu’on connait de la Belgique, c’est l’aéroport de Bruxelles qui est très grand et qui nous a pris 40 minutes à traverser. C’est là que j’ai eu la fouille la plus drôle et la plus agréable de ma vie par un douanier belge qui m’a fait enlever ma ceinture, mes chaussures, etc. et qui était super drôle et super doux aussi *rit*

Les belges sont vraiment gentils, même dans les aéroports, c’est dire.

C’était lors d’un changement pour aller à la Comic Con New York. On était stressé, on était fatigué et là, ce douanier m’a fait mourir de rire alors qu’il me déshabillait et était en train de me tripoter. C’est un très bon souvenir de me faire tripoter par un belge. On reviendra bientôt.

  • Chez le douanier ?

Oui, c’est ça. *rire* On a gardé contact et de temps en temps, je vais me faire tripoter. On comptait peut-être venir à la Fnac Toison d’Or, à Bruxelles.

C’est en discussion.

Ils aimeraient bien qu’on vienne, on aimerait bien venir donc ça va sûrement se faire l’année prochaine.

Miniature Couverture - Infinite Loop Tome 02

Par nos pouvoirs combinés, nous t’appelons: Capitaine Planète !

  • Donc peut-être aurons-nous le plaisir de vous accueillir chez nous ?

Oui, ce serait bien.

On aurait le plaisir de venir chez vous.

Surtout qu’au final, on ne connait que des belges sympathiques, Alain Mauricet par exemple qui est présent ici. Ca nous ferait plaisir de venir.

  • Merci d’avoir répondu à nos questions.

Merci, c’était un plaisir.

Merci à vous.


 

Si vous souhaitez retrouver The Infinite Loop de Pierrick Colinet Elsa Charretier, c’est par ici:

The Infinite Loop Tome 1
The Infinite Loop Tome 2

Toute la rédaction de Be Comics tient à remercier Pierrick Colinet, Elsa Charretier et Glénat Comics pour nous avoir permis de réaliser cette interview!

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