Le mouvement LGBT et le monde du comics : Introduction (1/4)

Voici le début de notre dossier sur le mouvement LGBT dans le monde du comics. D’abord que signifie LGBT? Lesbiennes-Gays-Bisexuels-Transexuels. L’idée est de vous montrer l’évolution de la représentation d’un milieu qui a lourdement souffert de la présence du Comics Code Authority (je reviens sur sa signification un peu plus tard) Comment se présentera le dossier? Ici vous aurez une petite introduction, qui reprendra des généralités historiques. On continuera ensuite avec la scène indépendante dans un prochain chapitre, puis nous enchainerons avec DC et Marvel. Le tout se finira avec une conclusion reprenant quelques titres qui peuvent s’avérer intéressant à lire.

Pour rappel, les comics nous proviennent des Etats-Unis, nous allons donc nous plonger dans un peu d’histoire nous provenant de ce pays lointain.

Le Comics Code Authority (CCA)

Il fera sans doute le sujet d’un article dans un avenir proche tant on pourrait en parler, mais je me limiterai ici à son impact sur l’apparition d’homosexuels dans les comics.
Le CCA est créé en 1954 aux Etats-Unis et devient l’autorité compétente en matière de contenu. Il délivre des certificats aux comics qui respectent les normes qu’elle veut voir entrer en vigueur. Si vous n’avez pas le certificat, le comic-book ne pourra pas être vendu en kiosque. Très vite, cette forme de censure s’impose et les éditeurs se voient obliger de respecter les directives du CCA. Dans notre cas, c’est simple : il est interdit de faire une quelconque suggestion en rapport à l’homosexualité et les personnages LGBT ne pourront en aucun cas obtenir le sceau d’acceptation du CCA.

CCA

Vous ne l’avez pas? Vous ne vendrez pas.

Cela ira très loin. L’auteur du livre « Seduction of the Innocent », Fredric Wertham, tiendra les propos suivants : « Les histoires comme celles de Batman peuvent stimuler les enfants à avoir des fantasmes homosexuels ». Il dira également de Wonder Woman que sa force et son indépendance font d’elle une lesbienne. Les scénaristes paniquent et, en conséquence, décident de ne plus aborder l’orientation sexuelle de leurs personnages. Pour retrouver des thèmes gays ou lesbiens, il faut alors se tourner vers la scène indépendante qui ne cherche pas à obtenir le certificat provenant du CCA.

Wonder Woman

Fuyez pauvres enfants! Voilà la terrible Wonder Woman, celle qui risque de créer une jeunesse dépravée

C’est en 1989 qu’une révision sera effectué sur le code, permettant alors de faire des apparitions non-stéréotypées d’homosexuels et de lesbiennes. Le CCA verra son importance diminuer progressivement, jusqu’à disparaître totalement en 2011. Il aura donc fallu plus de quarante ans pour que l’industrie dite mainstream fasse de nouveau apparaitre des héros gays ou lesbiens.

Evolution post-censure

Depuis les choses ont bien évolué et le nombre de personnages LGBT s’est accru, simplement parce que la censure commençait à disparaitre. D’abord on a retrouvé des héros gays dans des rôles secondaires, se faisant discret, puis pour certains, ont été propulsés sur le devant de la scène, jusqu’à obtenir leur propre titre (Batwoman, Midnighter)

Cette évolution ne se fait pas sans mal, critiquée par certains. Le journal Weekly World News, journal américain, titrera : « Le héros de comic-book qui rend nos enfants homosexuels » Cet article, daté de 2007, parle du personnage de Northstar et propose que des « vrais » super-héros comme Wonder Woman (je note l’ironie de la situation) passent le personnage de Northstar à tabac et nous en débarassent une bonne fois pour toute. Mais si cette évolution ne plait pas à tout le monde, il n’empêche qu’elle trouve un écho auprès des scénaristes.

northstarL’amour, c’est sale

Plusieurs écoles s’affrontent alors. Certains veulent « outer » des personnages déjà établis, s’attirant alors l’ire des fans qui n’apprécient pas qu’on touche à leur personnage fétiche. L’autre méthode, plus souvent utilisée, est tout simplement de créer un nouveau personnage. A ce sujet, Alan Moore s’est exprimé et a dit que, selon lui, la seconde option était préférable à la première. Il a également expliqué qu’il était tendance d’avoir ce personnage étrange et gay, avouant que les personnages étaient bien souvent limités par des stéréotypes et qu’ils n’étaient par conséquent pas représentatifs des gens LGBT.

Depuis la fin de l’influence du CCA, plusieurs comics se sont vu récompenser d’un GLAAD Award (Gay and Lesbian Alliance Against Defamation) Le premier à avoir reçu le prix fut The Flash en 1992 pour la présence du personnage Pied Piper (le Flûtiste en français), l’un des premiers personnages ouvertement homosexuels du monde de DC. D’autres titres comme Green Lantern, Supergirl, The Authority, X-Factor et les Young Avengers ont également été récompensées de ce titre.

Pied Piper - The Flash

On peut être gay et ne pas être un cliché.

Beaucoup de chemin a été parcouru, mais la route est encore longue pour l’industrie du comics mainstream, souvent considérée comme étant hétéronormative. Là où la scène indépendante a bien plus œuvré à l’intégration de l’univers LGBT. Nous verrons cela plus en détail dans notre prochain chapitre qui parlera de la scène indépendante!

D’ici là, be healthy, be happy, be comics! Et n’oubliez jamais que la tolérance est une vertu.

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*