C’est un oiseau…

Résumé : L’avenir professionnel de Steve n’a jamais paru aussi prometteur. On vient tout juste de lui proposer d’imaginer les nouvelles aventures du plus célèbre de tous les héros : Superman. Côté personnel, il s’apprête cependant à connaître les moments les plus douloureux de son existence : son père a disparu sans laisser de message, laissant sa mère en plein désarroi. Au même moment, il apprend qu’une maladie génétique menace sa vie mais également celle de ses futurs enfants. Dans son imaginaire, Steve dispose de pouvoirs incommensurables, capables de faire bouger les planètes, mais dans la vraie, Superman n’est qu’une créature de papier, impuissante… Vraiment ? Un symbole est-il capable de sauver la vie d’un être humain bien réel ?


C’est un oiseau…

c'est un oiseau... coverFiche technique:
Scénario : Steven T. Seagle
Dessin : Teddy Kristiansen
Pagination: 136 pages
Editeurs: Urban Comics (VF)/ DC (VO)
Date de sortie: 26 Février 2016


It’s a bird…

Steve est scénariste de comics. Il a une femme, des amis, une vie bien rangée, mais aussi un secret lourd à porter. C’est lorsqu’on va lui proposer de prendre en main le personnage de Superman que ses vieux fantômes vont refaire surface, l’emmenant dans les recoins sombres de son enfance. En effet, très jeune, Steve était allé rendre visite à sa grand-mère à l’hôpital et loin de se douter que cela pourrait le concerner à son tour, le verdict des médecins était tombé : sa grand-mère était atteinte de la chorée de Huntington, maladie héréditaire. Et les parents de Steve, cherchant à le distraire, lui avaient alors demandé de lire un comics de Superman qui se trouvait sur une table de chevet. Dès lors l’Homme d’Acier fut associé à la maladie de sa grand-mère, Steve ne supporta alors plus ce personnage.

cest un oiseau 1Le rêve de tout scénariste de comics?

Mais c’est aussi la chance d’une vie pour un scénariste de pouvoir travailler sur un héros pareil, Steve va accepter la proposition et se faisant, il va peu à peu apprendre à apprivoiser ses craintes par rapport à cette maladie dont il se sait également atteint. Ce récit est en partie auto-biographique, Seagle ayant de la famille souffrant de la maladie de Huntington et étant lui-même scénariste de comics. Tout le long du récit, on suit des réflexions autour du personnage de Superman apporté par l’auteur/personnage, construisant et déconstruisant le mythe. Instructif et touchant, un mélange subtil amené par Seagle.

cest un oiseau 2Seagle s’attaque aux couleurs de Superman, très instructif

It’s a plane

On sent que Seagle, scénariste, a beaucoup réfléchi au personnage de Superman. Il nous explique par exemple qu’il ne comprend pas l’intérêt de parler d’un homme parfait, que cela ne peut pas exister et que c’est un affront aux gens qui ont des problèmes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’auteur/personnage n’aimait pas le super-héros. Je vais reprendre ses propres mots, lors d’une interview au site dailydead.com :

« Teddy et moi travaillions ensemble sur C’est un oiseau…, (récit) qui était semi-autobiographique. Cela parlait du combat de ma famille avec la maladie de Huntington opposé à l’élément de science-fiction d’un être physiquement parfait. Cela parlait du fait que la maladie vous faisait devenir un humain moins parfait opposé à l’idée d’un Superman, invincible et parfait. Cela enflammait ma rage à propos de ce personnage et me faisait le mépriser lorsque j’étais un enfant. »

Et c’est une réflexion qui m’a parlée, je ne me l’étais jamais faite mais je peux facilement envisager qu’à la place de Seagle et d’autres gens dans des cas similaires, Superman puisse entrainer une sorte de dégout. Comme ce collègue pour qui tout va bien et qui mène une vie parfaite alors que vous êtes en pleine crise et qui vient vous afficher son bonheur en plein dans votre tête. Désagréable non ?

Mais ce n’est pas tout, l’Homme d’Acier est disséqué tout au long du livre : ses origines juives, le Surhomme de Nietzsche, de la symbolique de ses couleurs, sa « perfection » (qui donne lieu à une scène amusante entre Clark Kent et un tailleur), ses adversaires, … et tout cela dans le but de nous amener à réfléchir et à ne plus simplement s’arrêter simplement à l’histoire qui nous est exposé. Seagle le prouve par son récit et par son récit dans le récit, une histoire peut avoir toute une symbolique plus profonde qu’elle ne le laisse paraître de prime abord. Et si les comics que nous lisions avaient une réelle signification ? Et si ils pouvaient véhiculer des messages ? Oui, nous répond Seagle.

cest un oiseau 3La page blanche, l’angoisse de l’écrivain

C’est aussi l’occasion pour l’auteur de nous parler de ses angoisses. Bien entendu la maladie de Huntington qui nous suit tout le long du récit, mais aussi celle de la page blanche, l’héritage qu’on souhaite passer aux générations futures (ici alourdi par le fait que Steve a peur de transmettre sa maladie à d’éventuels enfants),… Ce qui donne lieu à des scènes que j’ai trouvé vraiment poignantes, comme lorsque Steve se trouve en face de son père, après que ce dernier ait disparu et causé des frayeurs au reste de la famille. Le père de Steve lui exprime alors la culpabilité qu’il ressent de les avoir mis au monde, lui et son frère, les exposant à la maladie de Huntington et les condamnant à terme. On s’imagine assez facilement que le scénariste a dû déjà réfléchir à ce problème et la réponse que son héros apporte à son père vient sans doute directement de lui. Et c’est aussi là que le parallèle avec Superman opère à nouveau, offrant un vent d’optimisme, puisqu’on est ici avec un héros qui ne se laisse jamais abattre et cherche toujours à se relever quand il est mis à terre. Et tout comme il est associé à un traumatisme profond, Superman va alors faire émerger des sentiments nouveaux chez Steve, lui laissant entrevoir un futur finalement loin d’être sombre et qui vaut la peine de se battre.

cest un oiseau 4Métaphore touchante, lorsque l’homme souhaiterait être un surhomme

It’s Superman…

Au dessin, j’ai tout de suite fait le rapprochement avec un style plus « européen », se rapprochant de la bande-dessinée traditionnelle. Logique, Kristiansen est danois. Son style est ici sombre, ce qui est récurrent chez l’artiste, et se prête parfaitement au récit. Notons qu’il s’est essayé à la peinture pour C’est un oiseau…, offrant un très beau rendu à l’ouvrage. Au niveau des décors, on en est réduit au strict minimum, on sent que le centre d’attention est les personnages et leurs psychés. Pas la peine de perdre le lecteur avec des détails, il se cantonne de faire peu mais de faire bien. Notons que Kristiansen et Seagle, c’est une affaire qui roule puisqu’ils se sont retrouvés un peu plus tard sur la série Genius.

cest un oiseau 5Il y a toujours un après…

It’s a man!

Si vous cherchez un récit pour la détente, il vous faudra passer votre chemin. Car même s’il reste divertissant, ce récit est bien loin de ce qui a été fait sur Superman jusque là et reste fort sombre, même si la conclusion est optimiste. Certes en VO, le récit était sorti en 2004 mais il a un côté intemporel. C’est une excellente idée de la part d’Urban de nous ressortir ce comics, riche en émotions et en réflexions. J’ai tendance à être sensible, mais il n’empêche que lors de ma lecture, j’ai dû retenir des larmes lors de la scène confrontant notre héros, Steve, et son père et lorsqu’à la fin, on le voit avec des enfants, nous faisant comprendre que la vie est un cadeau plus fort que la maladie. Ce récit est enrichi par son auteur qui l’a vécu, au moins en partie, le rendant très crédible. Alors oui, je le recommande chaudement. A la fin de ma lecture, je me sentais légèrement différent, un peu plus incollable sur l’Homme d’Acier et humainement plus riche. Je pouvais difficilement en demander plus.

Pour se procurer le tome:

C’est un oiseau…

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