Midnight Nation

Résumé : David Grey est brutalement assassiné pendant une enquête. Mais il n’est pas tout à fait mort. Précisément, il se trouve dans une zone intermédiaire d’où il voit et entend les vivants. Alors qu’eux ne le perçoivent pas. Très vite, il va devoir entreprendre un voyage, une quête, limitée dans le temps, pour sauver son âme, sans quoi, il deviendra un de ces marcheurs décérébrés qui hantent les limbes.


Midnight Nation

midnight nation cover
Fiche technique:

Scénario : J. Michael Straczynski
Dessin : Gary Frank
Pagination : 320 pages
Editeurs: Top Cow (Vo) / Delcourt (Vf)
Date de sortie:  22/01/2014


C’est dans les vieilles marmites qu’on fait la meilleure soupe

David Grey est inspecteur à la police de Los Angeles, ce qui l’amène parfois à enquêter sur des crimes sales. Et c’est lorsqu’il va arriver sur la scène de crime d’un indic croisé peu avant que sa vie va prendre une toute autre tournure, des créatures appelées Walkers finiront par lui voler son âme et lui feront perdre conscience. A son réveil, il se retrouve à l’hôpital en compagnie d’une femme nommée Laurel qui va lui expliquer qu’il est passé dans un autre monde, étranger au nôtre dans lequel arrive les gens qui ont été oubliés par notre société.

midnight nation 3Un réveil douloureux

Ce monde, bien plus sombre, est peuplé également par les Walkers qui viennent se nourrir sur les pauvres âmes égarées et comme si ce n’était pas suffisant, David apprend qu’il a un an pour récupérer son âme avant de lui même devenir un Walker. Il va alors devoir parcourir les routes et traverser tous les Etats-Unis d’ouest en est, à pied, dans un voyage initiatique avec pour seule compagnie Laurel et les gens qu’il croisera, ces êtres rejetés par la société. Le récit s’étend sur 12 numéros regroupés en un seul tome, vous laissant profiter de la conclusion de l’histoire finalement assez positive compte-tenu de la noirceur de l’ensemble de l’oeuvre. Le premier constat lors de la lecture, Straczynski souhaitait clairement faire passer un message et c’est réussi, c’est peut-être un peu trop appuyé d’ailleurs puisque je n’ai pas eu à lire le postface pour comprendre l’intention de l’auteur.

midnight nation 4Se faire retirer son âme, ça fait mal

Minuit, l’heure du crime

Le scénariste, J. Michael Straczynski, nous explique ainsi dans une lettre ce qui l’a conduit à écrire Midnight Nation. Son récit est poignant, il explique qu’ayant subi une rupture douloureuse et qu’étant séparé de ses proches, il entreprenait de longues marches nocturnes. Jusqu’au jour où il s’est fait agressé violemment, il finit à l’hôpital. Il se rendit compte qu’il était seul, isolé du reste du monde et surtout qu’ils étaient plusieurs dans son cas, que la nuit était le moment qui réunissait tous ceux qui comme lui avaient été abandonnés par la société, voilà d’où vient le nom de Midnight Nation. Et effectivement lors de son voyage, David Grey va croiser d’autres personnes qui, du jour au lendemain, se sont retrouvées seules et ont petit à petit disparu, oubliées de tous. Straczynski va ainsi mettre en scène lors d’une veillée au coin d’un feu, plusieurs de ces oubliés qui vont raconter tour à tour ce qui les a amené à finir dans la Midnight Nation. midnight nation 6De trop nombreux laissés-pour-compte

L’occasion pour l’auteur de souligner que nous sommes tous susceptibles d’un jour en faire partie, du plus marginal d’entre nous à la parfaite femme au foyer. Mais l’auteur en est revenu et ce faisant, il offre à son récit une fin forte à la hauteur de ses convictions. On pourrait lui reprocher de ne pas avoir apporté une fin plus noire, mais ce n’est pas ce que Straczynski croit. Et pour lui, il y a un avenir meilleur qui nous est possible par le pardon et le sacrifice, des valeurs chrétiennes mais surtout humaines.

Le seul petit bémol, c’est justement l’iconographie religieuse un peu trop appuyée et encore… ça ne m’a pas tant gêné que ça, juste peut-être la scène qui parle des dinosaures et qui sent le créationnisme. Le reste, comme je le disais, est finalement très humain et si, certes on y voit une crucifixion, on parle de Lazare et de la raison de sa présence dans la Midnight Nation, on parle des ténèbres et de leur opposition à la lumière, que David Grey finit dans une version de New York qui tient plus de l’Enfer que d’autre chose, cela ne choque pas. Après tout le récit démarre sur le vol d’une âme et faut-il le dire, c’est un concept religieux.

midnight nation 2Jésus Marie Joseph

L’enfer, c’est les autres

Le choix de Gary Frank pour le dessin est plutôt étonnant. L’homme est un habitué de super-héros en collant, alors qu’ici nous n’en avons pas. Mais au final, il parvient à faire son travail avec brio. Ses Walkers sont effrayants, l’attention est portée sur les expressions des personnages ce qui n’est pas l’habitude du dessinateur. On sent son implication et l’envie de magnifier le scénario. C’est d’ailleurs une telle réussite que lorsqu’on attaque le récit en annexe, on est choqué de retrouver un autre dessinateur. J’ai même eu du mal, je dois l’avouer, à le lire et pourtant Michael Zulli (au dessin) n’a pas à rougir de son travail, c’est juste qu’il n’est pas Gary Frank.

midnight nation 5Les Walkers, des gens sympathiques

L’indifférence est le pire des mépris

Midnight Nation est une oeuvre très personnelle pour son auteur, J. Michael Straczynski, et cela se ressent tout le long du livre. L’ambiance est pesante, très sombre mais si le voyage peut être difficile, c’est sa finalité qui viendra alléger le ton et qui sera porteuse d’espoir. Si dans Low, c’est l’héroïne qui porte l’espoir sur ses épaules, ici ce sera plutôt Laurel, l’acolyte du héros. (c’est d’ailleurs amusant que dans les deux récits se sont des femmes qui soient porteuses d’espoir) Notre héros, David Grey, va donc progresser tout au long de ce voyage initiatique pour ouvrir les yeux et se rendre compte qu’il est de sa responsabilité de ne pas oublier ces gens laissés sur le côté. Et nous dans tout ça? Sommes-nous à l’abri d’être un jour à la place de ces laissés-pour-compte? Pouvons-nous détourner le regard indéfiniment et rester de marbre? Straczynski cherche à nous ouvrir les yeux et le fait avec brio, dans ce récit poignant. J’ai personnellement été touché en lisant le livre et je suis encore en train d’y réfléchir lors de l’écriture de cet article, la preuve s’il le fallait que Straczynski a réussi son pari et fait passer son message.

midnight nation 1Un rayon de soleil

Pour se procurer le tome:

Midnight Nation

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