Le mouvement LGBT et le monde du comics: Les indépendants (2/4)

Ce qui est un parfait abus de langage, parce qu’il faut en réalité parler de comics underground ou alternatifs.  Si on veut trouver des traces de récits parlant de l’homosexualité, c’est d’abord vers les Comic Strips que nous allons devoir nous tourner.

LGBT et Comic Strips

Tout d’abord, qu’est-ce que les comic strips ? A l’origine, il s’agissait de plusieurs cases de bande-dessinées, traditionnellement trois, publiées dans des quotidiens. Un exemple parmi tant serait Garfield, bien connu de tous.

lgbt garfieldGarfield, l’ancêtre du Grumpy Cat

En tant qu’ancêtre des comics, il est logique que les comic strips soient aussi les pionniers en matière de représentation du milieu LGBT et pourtant, cela restera longtemps un sujet tabou. On se contentera de sous-entendu et on laissera le lecteur se faire l’idée du message véhiculé par ce qu’il lit.

En 1936 dans le comic strip Terry et les Pirates apparaîtra le brigand Papa Pyzon qui s’avèrera être homosexuel, en tout cas les dialogues qu’il tient le laisseront entendre. Il dira, par exemple : « Mes hommes ne seraient pas séduit par des femmes ! Ils connaissent quelque chose de meilleur ! » Si bien évidemment, on ne connaîtra pas l’objet exact de cette allusion, l’interprétation est relativement claire. Terry et les Pirates ne s’arrêtent pas là, en 1939, nous voyons apparaître Madame Sud, qui est en réalité le pirate Sanjak, qui est lesbienne.

lgbt terry et les pirates sanjak

Une discussion normale entre femmes…

« Pour faire simple », Sanjak est une femme qui s’habille en homme et qui a vécu sur une île rocheuse, la cachette parfaite d’après elle. Cette évocation d’une île rocheuse n’est pas sans rappelée l’île de Lesbos, dont est tiré le mot lesbienne. Toutefois, l’auteur Milton Caniff ne s’exprimera jamais clairement sur la sexualité de ses personnages et se contentera de dire la chose suivante :

… à cette époque le mot lesbienne  n’aurait simplement pas été compris par la moitié des lecteurs, et cela aurait déplu à l’autre moitié.

Il faudra attendre l’année 1976 pour qu’enfin on voit apparaître un personnage étant authentifié comme gay. Cela se fera dans le comic strip Doonesbury où Andy Lippincott repoussera les avances de Joanie, lui expliquant qu’il est homosexuel.

lgbt andy lippincott

Pas facile à annoncer, mais nécessaire

Le pauvre Andy sera d’ailleurs diagnostiqué comme ayant contracté le virus du SIDA en 1989 et viendra à en décéder un an plus tard. Faisant de lui le premier personnage officiellement homosexuel, le premier personnage atteint du SIDA puis à en mourir. L’arc narratif mettant en avant Andy et sa maladie valu à son auteur, Trudeau, d’être nommé pour le prix Pullitzer et, moins réjouissant, trois des journaux qui publiaient Doonesbury le retirèrent de leur éditorial, jugeant le contenu de mauvais gout.

Quelques années plus tard, en 1993, le comic strip For Better or For Worse mettra en scène le coming out du jeune Lawrence. Cet épisode créera une controverse sans précédent pour l’auteure Lynn Johnston, qui recevra des lettres de menaces en réaction à la publication du comic strip. Cette fois-ci, pas moins de 100 journaux remplacèrent ou annulèrent tout simplement la publication de For Better or For Worse, un coup dur. L’histoire en elle-même n’a pourtant rien d’extraordinaire, elle dépeint avec justesse le coming out de Lawrence alors qu’il parle avec son meilleur ami Michael. Tous deux parlent de l’envie de la mère de Lawrence de devenir grand-mère, ce dernier explique alors à Michael que cela risque de ne jamais arriver parce qu’il est en couple, mais avec un autre homme.

lgbt for better or for worse

Un ami sur lequel on peut compter, c’est important

Après une phase d’acceptation, Michael finit par convaincre Lawrence de l’annoncer à ses parents, ce que ce dernier fera. Sa mère, Connie, ne voudra pas l’accepter et son père le mettra à la porte, lui disant que « les siens » n’ont qu’à prendre soin de lui de la même façon que ses parents l’ont fait pendant plusieurs années. Tout finira bien cependant, les parents de Lawrence reviendront vite à la raison et reprendront leur fils avec eux. En 1994, Johnston se retrouvera parmi les nominées pour le prix Pullitzer, le jury trouvant que l’histoire « décrit avec sensibilité la découverte de son homosexualité par un jeune et les effets sur sa famille et ses amis »

De 1983 jusqu’en 2008, sortait Dykes To Watch Out For, écrit par Alison Bechdel. Ce comic strip avait pour objectif de dresser le portrait de la communauté lesbienne aux Etats-Unis . C’était une série engagée, abordant des thèmes faisant débat au sein de la communauté comme l’homoparentalité, le militantisme, l’hétérosexisme, la discrimination, … Son message allait jusqu’à sortir du cadre de la communauté LGBT, cherchant simplement à s’adresser à tout un chacun pour véhiculer un message social et pacifiste.

lgbt dykes to watch out for

Et voilà la naissance du test de Bechdel-Wallace

Ce comic strip et son auteure ont marqué leur époque, allant même jusqu’à créer le test de Bechdel-Wallace, du nom de l’auteure et d’une amie à elle lui ayant suggéré l’idée. Ce test découle d’un strip dans lequel deux femmes discutent du choix d’aller voir un film ou non. L’une des deux explique à l’autre qu’elle ne va voir un film que si : 1) le film a au moins deux femmes dedans 2) qui parlent ensemble 3) d’autre chose que d’un homme. Ce test a été utilisé dans le milieu des critiques et a été décrit comme « le standard avec lequel les critiques féministes jugent la télévision, les films, les livres et les autres médias. » Liz Wallace aurait elle-même été inspirée par le livre de Viriginia Woolf Une chambre à soi dans lequel elle explique que les femmes fictionnelles sont uniquement représentées dans leur relation avec les hommes, alors que cela ne représente qu’une petite partie de leur vie.

Autre temps, autres moeurs

Il n’est plus compliqué de se procurer des comics avec des personnages LGBT, citons quelques titres qui ne proviennent ni de Marvel et de DC que j’aborderai dans les prochaines parties:infinite loop

The Infinite Loop:

 

Paru en français chez Glénat, The Infinite Loop va traiter de la relation entre Teddy et Ano, deux femmes. Ce comics, sorte de Romeo et Juliette, est un véritable vent de fraîcheur et de bonheur. Vous pouvez d’ailleurs retrouver la critique des deux tomes sur notre site: Tome 1 et Tome 2.

Disponible chez Glénat

 

 

 

lgbt bitch planet

Bitch Planet:

Se passant dans un futur proche, les femmes qui ne correspondent pas à certains stéréotypes se voient enfermer sur une planète carcérale. Parmi le riche casting de personnages, nous y retrouvons un couple de lesbiennes.

Disponible chez Glénat

 

 

 

 

lgbt lumberjanes

Lumberjanes:

« Cinq copines, très différentes mais unies comme les doigts de la main, sont bien déterminées à passer le meilleur été de leur vie… peu importe les attaques de loups à trois yeux, de yétis et autres manifestations surnaturelles qui semblent se manifester dans leur camp de vacances. » Et dans ce groupe d’amies, nous retrouvons un couple de lesbiennes. Ce comics est adressé aux enfants, mais le fait de manière intelligente et tolérante. Un bel exemple à suivre.

Disponible chez Urban

 

 

lgbt rat queens

Rat Queens:

Dans un univers fantasy, nous trouvons le groupe d’aventurières nommé les Rat Queens. Dans ce groupe, nous retrouvons une halfling lesbienne et un orc transgenre fera également son apparition. LGBT et Fantasy, un mélange qui réussit. Vous pouvez retrouver la critique du Tome 1 sur notre site.

Disponible chez Urban

 

 

 

lgbt trees

Trees:

Une invasion extra-terrestre a lieu, ayant fait pousser des arbres étranges. Et voilà l’espèce humaine plongée dans une attente d’une explication qui tarde à venir, nos envahisseurs ne daignant pas communiquer avec nous… et dans les personnages principaux, nous allons retrouver une femme bisexuelle et une autre femme transgenre.

Disponible chez Urban

 

 

 

lgbt sunstone

Sunstone:

« Ally et Lisa sont deux jeunes femmes épanouies qui souffrent néanmoins dune grande solitude. La première cherche à dominer ses conquêtes tandis que la seconde préfère être ligotée ! Mais après avoir fait connaissance sur Internet, toutes deux vont-elles devenir des âmes soeurs ? » Le résumé du premier tome est suffisamment évocateur, non?

Disponible chez Panini

 

 

 

lgbt the wicked and the divine

The Wicked + The Divine:

Les dieux sont de retour parmi nous et que ce soit de leur côté ou du côté des mortels qui les suivent, nous y retrouvons plusieurs personnages LGBT. Ces dieux réapparaissent de manière cyclique et finissent par mourir au bout de deux ans, Laura notre héroïne va en apprendre les raisons et faire connaissance avec ces divinités.

A paraître chez Glénat

 

 

 

La liste n’est bien entendue pas exhaustive, j’ai privilégié des comics qui sont facilement accessibles.

Dans la prochaine partie, je m’attaquerai à DC…. aaah Midnighter et Dick Grayson.

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