Hadrian’s Wall – T01

Résumé: En 1985, les tensions entre les États-Unis et l’Union Soviétique ont abouti au désastre nucléaire. Pour trouver la paix, les deux superpuissances se sont associées pour établir ensemble la première colonie spatiale. Mais cent ans plus tard, en 2085, une nouvelle Guerre Froide est en train de naître entre la Terre et la Colonie. C’est dans ce contexte que vogue le Hadrian’s Wall, un vaisseau chargé d’explorer l’espace interstellaire pour y répertorier les ressources exploitables. Lorsque le détective Simon Moore est envoyé à bord pour enquêter sur le meurtre d’un membre de l’équipage, il va découvrir que c’est peut-être le destin des deux mondes qui se joue sur ce vaisseau…


Hadrian’s Wall – Tome 1

hadrians-wall-1-coverFiche technique:
Scénario : Kyle Higgins et Alex Siegel
Dessin et Coloriste: Rod Reis
Editeurs: Glénat Comics
Date de sortie: 19 Octobre 2016


Le Mur d’Hadrian fut le premier rempart des romains contre les barbares…

Au moment où j’écris ces mots, je suis encore en train de regarder la couverture hypnotique d’Hadrian’s Wall. Ce scaphandre fissuré, ce vaisseau dans son reflet vétuste et cette planète multicolore danse devant mes yeux et rien que pour ça j’aurais acheté le comics. Il y a quelque chose de désespéré dans l’image qui n’aurait pu se faire autrement.  Mais commençons par le commencement…

Hadrian’s Wall, c’est donc (et c’est l’auteur qui le dit) un huis clos qui explore les relations humaines et les cicatrices que laissent les relations brisées. Dit comme ça, on se demande ce que vient faire ce cosmonaute, l’espace, cette guerre froide et c’est là que se pose le talent de nos deux narrateurs. Rien n’est gratuit dans les choix de l’univers et tout prend son sens.

hadrians-wall-1-5Albator, Albator, du fond de la nuit d’or

Prenons l’exemple de l’espace. Si vous voulez faire un huis clos, être sûr qu’aucun des protagonistes ne peut fuir et que les deux anciens amants vont devoir se supporter H24, un vaisseau spatial perdu dans l’infini en devient une évidence. C’est isolé de tout, vous n’avez personne pour venir s’immiscer dans l’histoire, claustrophobique à souhait.

Même le contexte de guerre froide vient y rajouter une couche. Philip K. Dick (une des sources d’inspiration de l’auteur) aime dépeindre ce genre d’univers, sombre et paranoïaque où ses personnages transpirent cette société qui sombre dans la peur. Ici le propos existe (et n’est pas juste un prétexte) et renforce l’isolement des personnages mais aussi laisse des marques sur le passé des personnages.

hadrians-wall-1-1Quand tu saignes du nez et que ce n’était ni l’endroit, ni le moment… repose en paix Billy

D’ailleurs ces personnages, puisque j’en parle, sont taillés dans l’encre des romans noirs. Chacun doit être un coupable crédible et cacher ses réelles intentions au héros (héros qui partage d’ailleurs ce trait puisqu’il accepte l’enquête pour bien autre chose que l’argent) mais il est aussi un personnage tout court avec son histoire et sa « saveur » dans le récit. Je prends le Capitaine Atsuto Drekker qui m’a rappelé le capitaine du film Alien (après il n’a pas trahi son vaisseau en y injectant un parasite vorace) qui dégage l’esprit corporatiste et la volonté d’aller jusqu’au bout de sa mission. Sa gêne non pas du meurtre mais du temps perdu à vouloir le résoudre, lui rend parfaitement hommage.

Hadrian’s Wall se la joue bon polar, impossible de prévoir le meurtrier rapidement.

hadrians-wall-1-2Vous prendrez un verre de vin? Juste un doigt

… Difficile donc d’imaginer plus isolé que ce vaisseau à la frontière de deux mondes en conflit

Je reviens maintenant aux dessins dont je disais que la couverture me hantait. Si le design de l’histoire, directement inspiré de la S.F. des années 80 transpire l’hommage sans en devenir un pastiche (les ordinateurs ont un côté vintage, le vaisseau est loin de ceux que l’on imagine maintenant), j’ai envie de dire que plus que cela Reis dessine l’histoire. Rien que cela mériterait déjà mon amour. Si ce n’est dans Wytches (disponible chez Urban), jamais autant le dessin et la colorisation ne m’avaient autant parlé. D’ailleurs j’irais presque jusqu’à dire que le dessin plus que l’histoire m’a marqué dans ce comics.

hadrians-wall-1-4Il ne faut jamais se quitter fâché, ça peut parfois mal finir

J’en prends pour exemple le passage où notre héros tente d’expliquer sa version du meurtre. Les planches se suivent sans un mot avec des carrés manquants. Sur le coup je me demandais pourquoi et puis j’ai compris. Simon Moore (le détective) raconte un meurtre et, comme il n’était pas présent, il lui est impossible de savoir ce qui s’est dit. C’est l’explication de l’absence de dialogue. Mais aussi puisqu’il ne fait qu’émettre des hypothèses, il lui manque certaines explications, d’où l’absence de cases. Cette scène est une contrainte que Reis réussit à rendre impeccable. Les personnages parlent par eux-mêmes, exactement comme ils auraient été décrit.

Je pourrais vous citer aussi les cauchemars de Moore. Le découpage des images de son cauchemar et le dessin donnent cette impression de chaos inhérent aux rêves. Les images se suivent sans transition et se suivent rapidement. Sacré boulot que d’arriver à le retranscrire.

hadrians-wall-1-3Dans le futur, on imprime encore sur du papier… il faut penser à la planète, grmbl!

Et finissons par la colorisation de Reis. Il arrive à utiliser les teintes de couleurs, nous permettant d’identifier les scènes du passé, celles à bord du vaisseau ou celles du rêve sans qu’il n’y ait besoin de texte. De plus, je parlais plus haut d’ambiance rétro, la colorisation vient la renforcer pour donner des filtres à certaines scènes retranscrivant ces ambiances années 80.

Et d’un meilleur piège pour un homme étreint par le doute comme Simon Moore

Hadrian’s Wall s’impose donc comme un polar dont le dessin et la colorisation apporte une vraie plus-value par rapport à un livre. Rien que pour ça, il en vaut la peine. Il est aussi nourri d’une certaine vision rétro de notre futur et touche notre fibre nostalgique sans sombrer dans la caricature.

Je le conseille donc sans modération en attendant un tome 2 avec impatience. Et (oui parfois je suis prolixe) il faut savoir qu’Hadrian’s Wall c’est aussi une collaboration Image – Glénat Comics et ça aussi c’est quand même sacrément cool, d’où le peu de temps écoulé entre la sortie US et la sortie européenne. D’ailleurs si Glénat a d’autres projets comme celui-là surtout qu’il n’hésite pas !

Pour se procurer le tome:

Hadrian’s Wall – T01

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