The Wicked + The Divine – Tome 1 : Faust Départ

Ce n’est pas parce que vous êtes immortel que vous vivrez pour toujours…

Tous les quawicdiv-covertre-vingt-dix ans ou presque, douze dieux se réincarnent dans le corps de jeunes adultes. Ils sont charismatiques et brillants. Ils se tiennent devant des foules immenses, qu’ils emmènent dans l’extase à travers des langues inconnues. La rumeur veut qu’ils soient capables de miracles. Ils sauvent des vies, que ce soit métaphorique ou concret. Ils sont aimés. Ils sont détestés. Dans moins de deux ans, ils seront tous morts… (Contient : The Wicked + The Divine – #1-5)


Fiche technique :
Scénario : Kieron Gillen
Dessin : Jamie McKelvie
Couleurs : Matthew Wilson
Nombre de pages : 176 pages
Éditeurs : Glénat Comics (VF) / Image Comics (VO)
Date de sortie : 02 novembre 2016


Imaginez Florence + The Machine en Amaterasu, déesse shinto du soleil, un David Bowie peroxydé devenu femme en Lucifer, une Rihanna joueuse et cruelle en Sekhmet, déesse féline de la vengeance, et un membre de Daft Punk en Woden/Odin, et vous n’aurez qu’un petit aperçu de l’univers graphique de The Wicked + The Divine.

Le pitch a un petit goût d’American Gods, de Neil Gaiman, et c’est ça qui m’a attirée de prime abord. Imaginer des dieux antiques dans un monde contemporain est un thème qui m’était déjà familier (via le roman de Gaiman mais également d’autres histoires.*)

Mais la finesse du récit et la beauté des dessins m’a captivée pour de bon et fait oublier d’autres éléments de comparaison pour me plonger dans ce récit unique en son genre.

Vivre vite, mourir jeune, et faire un beau cadavre (décapité)

wicdiv-amaterasu1« Elle a juste 17 ans. Personne n’y croit. Elle n’a pas 17 ans. Elle est immortelle. »

Wic+Div, pour les intimes, raconte l’histoire de Laura, adolescente mélomane un peu fâchée avec le lycée et ses parents, qui fait l’école buissonnière pour aller assister aux concerts de grandes stars de la pop. Ce qui change d’une Miley ou d’un Justin que l’on connaît, c’est que ces stars prétendent être incarnées par un dieu. Malgré leur talent incontestable et les hordes de fan subjugués, cette déclaration est évidemment remise en cause par le commun des mortels, à commencer par Cassandra, une journaliste que rencontre Laura au tout début de l’histoire. Elle demande des preuves de leurs pouvoirs divins, preuve qu’ils ne peuvent fournir, car ils ont promis de ne pas faire usage de leurs pouvoirs devant les mortels.

Or, cette interdiction sera rapidement brisée par l’une d’entre eux (je vous laisse deviner laquelle), qui sera d’ailleurs ensuite incarcérée pour son crime. Laura va mener l’enquête pour essayer d’innocenter la prisonnière, plonger dans les bas-fonds de Londres et petit à petit rencontrer le reste du panthéon.

Voilà en gros le scénario de ce premier tome. On apprend par petite touches que ces dieux existent suite à l’intervention d’une déité appelée Anankè, qui propose aux mortels une sorte de pacte : incarner un dieu pendant deux ans, puis mourir. Un pacte faustien, pourrait-on dire, si l’on s’en tient au titre choisi pour cette première partie, mais les informations manquent encore pour pouvoir dessiner le piège plus en détails. On sait que le pacte est réel, car ces dieux ont vraiment des pouvoirs. Pourquoi le pacte existe et quel est son but, ça reste encore à découvrir.

« 1, 2, 3, 4. »

J’ai dévoré l’ouvrage, et ce pour plein de raisons.

Le scénario, tout d’abord, dense et prenant et la richesse des personnages. On se délecte de découvrir chaque nouveau dieu, avec son caractère et ses mystères. L’intrigue se déroule doucement et les enjeux divins se révèlent petit à petit. Le personnage de Laura est touchant avec ses incertitudes et ses actes de courage. Elle a un petit côté Kamala Khan. Il y a aussi les mystères concernant le pacte, et surtout on se demande qui donc peut vouloir tuer les dieux avant l’heure.

Les dessins : le trait est très clair, on reconnaît les stars réelles à laquelle la série rend hommage. Chaque dieu déchire, tout simplement. Caractère comme apparence sont hauts en couleur. Ce sont tous des pépites de paillettes et de glam (oui oui même les gothiques).wicdiv-baphomet

Baphomet : toujours le mot pour rire.

Les couleurs : un travail exceptionnel pour un univers chamarré. J’ai un faible pour le maquillage d’Amaterasu, la teinture capillaire de Laura, les looks de Morrigane… et oh ces couvertures ! (notamment celles de Stephanie Hans). L’univers est pop et acidulé, mais n’empêche pas les passages plus sombres. Car l’univers, lui, n’est pas rose bonbon (attendez-vous à des morts).

wicdiv-luciferLa playlist : les auteurs ont concocté une playlist éclectique (mais définitivement pop) sur Spotify de plus de 20 heures qui leur a servi d’inspiration et de fond sonore durant leur travail. Elle accompagnera agréablement vos lectures. Vous y trouverez, en vrac, beaucoup de David Bowie, Kate Bush, Madonna, Daft Punk , Lorde ou d’autres titres plus ou moins connus.

La diversité des personnages : plein de personnages féminins (plus que de masculins, d’ailleurs, ce qui est assez rare pour le souligner). Une diversité britannique comme je l’aime (entre autres, l’héroïne principale est métissée). Un ton queer assumé (Lucifer androgyne, Cassandra transsexuelle, Baal gay…). Beaucoup de « jeunes et beaux » (mais les dieux le sont forcément) ; restent Anankè en femme âgée (c’est rare de voir un personnage âgé sur le devant de la scène), et Minerva qui a douze ans.

Les personnages féminins sont dessinés sans sexualisation excessive, à vrai dire sans sexualisation tout court : ils sont cool avec leur propre style, et c’est terriblement agréable.

D’un point de vue multiculturel, les auteurs font également un effort de représenter des dieux de différentes origines et cultures, sans se centrer exclusivement sur la mythologie européenne. On trouve Lucifer, Morrigane, Minerve, Woten/Odin, Baphomet, mais aussi Baal, Sekhmet, Amaterasu… et cette fucking Tara dont personne ne sait d’où elle vient (mais dont l’auteur admet qu’elle est une sorte d’union improbable entre Lady Gaga et Taylor Swift).

wicdiv-wotenBienvenue chez Woden. Vous vous attendiez à des haches et des casques à cornes ?

J’ai un peu tiqué au début, comme Cassandra le dit d’ailleurs : « Je vois une mioche de province fan de cosplay [blanche et rousse], qui ne peut même pas envisager que se déguiser en déesse shinto puisse gêner, voire offenser, certaines personnes. » Que ces dieux soient incarnés par un mortel qui n’a pas forcément l’origine ethnique attendue est pleinement assumé par les auteurs. On leur pardonne volontiers, car la contradiction fait pleinement partie de l’univers et de leur mythe (même si elle n’est pas clairement expliquée dans le livre de prime abord).

Cette diversité est clairement l’un des points forts de la série et une raison supplémentaire de l’aimer. Comme l’explique justement Violette Paquet, auteure féministe et lesbienne, citée par Slate :

« Saga,Rat Queens et The Wicked + The Divine sont les preuves qu’il est possible de créer des personnages intéressants sortant des stéréotypes. WicDiv est une série très inclusive. Chaque personnage a son histoire. Son identité de genre et son orientation sexuelle ne constituent que des éléments de sa personnalité. Nombreuses sont les œuvres culturelles, les séries policières par exemple, où les personnages LGBT, souvent les femmes trans, seront les victimes d’un assassin. […] La série représente des femmes multiples, fortes et intelligentes. Elles sont des actrices à part entière de l’histoire et leurs décisions influencent le récit. Laura est tout ce que j’aime chez une protagoniste: elle est curieuse, elle porte le récit et je trouve cela réjouissant de voir une héroïne noire à la sexualité ambiguë. »

wicdiv-interviewUne interview plutôt explosive.

« Bowie a sauvé plus de monde que Batman »

(cf. Gillen sur Pitchfork)

The Wicked + The Divine est un récit sur plusieurs niveaux : l’adolescence et ses changements, le statut d’artiste et de créateur, la place des célébrités et de leurs fans, le rôle de la religion dans notre monde contemporain, la brièveté de la vie…

On compare parfois la série à Phonogram, l’autre série écrite par Gillen et dessinée par McKelvie avant Wic+Div. Dans un article de Wired, il explique la différence de vue entre les deux séries :

« Phonogram parle de mes 20 ans, de la consommation de l’art et de la façon dont cela vous change. Ça ne s’intéresse absolument pas aux musiciens. The Wicked + The Divine parle de mes 30 ans. Ça raconte ce qui m’est arrivé depuis la sortie de Phonogram – lorsque quelqu’un à la fois fan et critique devient créateur. Et comment il faut s’adapter quand ça arrive. Et pourquoi diable quelqu’un voudrait devenir écrivain, artiste, ou musicien de nos jours de toute façon ? »

En bref, foncez !

wicdiv-amaterasu2« Oh mon Dieu »… Littéralement.


* Si vous aimé lire des récits de ce genre, je vous conseille également le run en six tomes du Wonder Woman de Brian Azarello, que j’ai trouvé très prenant (et préféré au run du couple Finch). Les deux sont édités par Urban Comics.
Niveau romans, j’ai également pensé à la série Le dernier apprenti sorcier, écrit par Ben Aaronovitch, publiée chez J’ai Lu et qui raconte l’histoire d’un policier enquêteur occulte dans le Londres contemporain. Vous y croiserez aussi des divinités exotiques 🙂

Pour l’anecdote, nous avons demandé à Kieron Gillen durant la Paric Comics Con en octobre dernier s’il s’était inspiré d’American Gods pour The Wicked + The Divine, et il a dit non : les dieux de Gaiman ont gardé leur mémoire antique, alors que les dieux de Gillen ont une mémoire toute neuve.

Pour se procurer le tome:

The Wicked + The Divine – Tome 1 : Faust Départ

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