Nighthawk

Résumé: Pour protéger Chicago, Nighthawk ne recule devant rien. À la différence de la majorité des super-héros, la violence n’est pas une option, elle fait partie de ses méthodes. Aussi, lorsque les chefs de la pègre sont tués les uns après les autres par un serial killer, Nighthawk hésite. Doit-il arrêter le criminel ou le laisser nettoyer la ville de ses malfrats ? Mais s’il laisse ce tueur poursuivre sa chasse sanglante, pourra-t-il encore se considérer comme un héros ?


Nighthawk

Fiche technique:
Scénario : David Walker
Dessin :
  Ramon Villalobos
Editeurs: Marvel Comics (Vo) / Panini Comics (Vf)
Pagination : 136 pages
Date de sortie:
  05/04/2017


Iiiiit’s Morphin… euh

Alors que j’étais en train de me mettre à l’écriture de la critique tant attendue (enfin relativement attendue) du premier tome des Power Rangers paru chez Glénat, je suis tombé sur le tome de Nighthawk en me rendant chez mon libraire. La couverture est magnifique, le personnage m’intriguait, je me suis donc lancé dans l’aventure de ce personnage, conçu à l’origine comme un pastiche de Batman dans l’univers Marvel. J’ai croisé la route du super-héros pour la première lors d’un affrontement entre son groupe et celui des Avengers, il était alors accompagné du reste de la Justice League… euh du Supreme Squadron pardon. Secret Wars est passé par là, Nighthawk a trouvé officiellement refuge dans la ville de Chicago. Une bonne chose?

Une entrée littéralement fracassante, non?

To be or not to be a hero

Nous sommes ici à Chicago et la ville aura son importance. Tout comme Gotham City qui est un personnage à part entière dans Batman, Chicago sera utilisée par le scénariste. Une ville qui a un lourd passé de conflits raciaux, de noirs oppressés par des blancs, qui est un terrain propice pour notre « héros » Nighthawk, en quête de justice et de vengeance. Nighthawk, Kyle Richmond à la ville, n’est pas un tendre, il a des méthodes qui se rapprochent d’un certain Punisher. Il n’hésite pas à pourchasser les criminels et lorsque la situation l’impose, il les tue… et quand je dis que ça lui est imposé, on se rend très vite compte qu’il a vite tendance à en venir à cette solution. D’expéditions punitives en expéditions punitives, le héros a fini par se faire un nom et les criminels commencent à craindre l’homme oiseau de nuit (ça claque presque autant qu’une chauve-souris, non?). Sauf qu’un autre personnage entre dans la course, qu’il s’en prend à des criminels aussi, certes, mais qu’il fait des dommages collatéraux. Nighthawk va donc alors se poser des questions sur son devoir en tant que justicier, doit-il intervenir ou laisser faire le tueur?

Dans la série What If? Alfred était une afro-américaine psychopathe 

La haine engendre la haine

David Walker, notre scénariste, maîtrise clairement les codes qui ont fait le succès de Batman. Notre justicier, Nighthawk, est visiblement quelqu’un de torturé comme l’est Bruce Wayne; Chicago ne sert pas uniquement pour le décor, on en apprend plus sur la ville et son passé comme c’est le cas de Gotham; Nighthawk n’a pas de super-pouvoirs, il est un combattant aguerri et a un arsenal d’objets à sa disposition; il est aidé par son majordome Tilda Johnson, une ancienne criminelle repentie. Bref, le comics débute en force, et vient se démarquer de son inspiration principale en nous offrant un récit excessivement sombre et violent. On pourrait voir Nighthawk comme un croisement entre Batman, bien entendu, et le Punisher… et ça fait des étincelles.

Le bruit d’une tête sur un mur? Whathud… et en rose s’il vous plait

David Walker nous en apprend peu sur le personnage et son passé, mais on se doute qu’il a dû vivre des moments douloureux pour en arriver là. Le point noir du récit est, d’après moi, qu’on peut avoir du mal à éprouver de l’empathie pour le personnage principal. Finalement, le peu d’informations obtenues sur la vie de Kyle Richmond lui donne un côté mystérieux mais vient jouer contre lui, puisque ses actes semblent parfois disproportionnés. Là où Frank Castle, le Punisher, a vécu un traumatisme qui nous a bien été expliqué, Nighthawk semble gratuitement violent. On aurait voulu en savoir un peu plus sur le personnage. Cela dit c’est une faiblesse, mais aussi une force puisque cela m’a facilité la remise en question des actes posés par notre héros. Comme le dit le titre « la haine engendre la haine », et en cours de récit on se rend compte que les méthodes de Nighthawk vont finir par se retourner contre lui. Du coup, le manque d’empathie envers Kyle Richmond en devient utile, nous offrant plus de liberté de réflexion. Notons aussi que ce récit est finalement très personnel, David Walker étant lui-même noir, il utilise son vécu pour nous livrer sa vision de l’Amérique, avec malheureusement le racisme qui s’en accompagne. Le fond du comics s’inscrit d’ailleurs dans la mouvance de Black Lives Matter, puisqu’on apprendra assez vite qu’un policier blanc a tué un noir qui n’était pas armé et s’est retrouvé acquitté. Ce fait divers viendra se greffer à l’histoire principale, apportant son lot de conflits moraux.

Raymond Kane, ou Kyle Richmond, ou Nighthawk… le gars finit par avoir trop d’alias

L’imperfection est humaine

Sujet qui fâche, sujet qui tache. Le dessin. Ici, c’est Ramon Villalobos qui est en charge de nous offrir sa vision de Chicago, de Nighthawk, et de tout le reste. Très honnêtement, je n’aime pas le style du dessinateur et je trouve qu’on aurait pu trouver mieux. Je crois avoir compris la démarche qui a amené au choix de Villalobos, l’artiste a un style particulier, j’irais même jusqu’à dire dérangeant, qui finalement colle avec le ton du récit. Par moment, ça passe très bien. Je pense particulièrement aux plans où Nighthawk est en costume. Mais si ce n’était pour le scénario que j’ai trouvé passionnant, je pense que le dessin aurait pu facilement me faire décrocher de ce tome. Je dirais pour résumer qu’on dirait du Steve Dillon, en moins inspiré, en moins bon, bref… je trouve ça passable. Mais cela reste un choix, je me permets de citer un passage de l’interview de David Walker sur Comic Book Ressources:

Right, and not to get too pretentious, but art is supposed to challenge people and say “Here’s a mirror of the world. You may not like it, but it’s still a mirror.”

David Walker: Oh yeah! [Laughs] This is going to be one of those mirrors where you’re looking at it and you’re thinking, “There’s something wrong with this because I’m not really this fat.” No you really are that fat and you’re ugly too. [Laughs]

Who watches the Nighthawk?

Le magistral Oiseau de nuit

Que retenir de ce Nighthawk? Déjà que Marvel peut faire des produits de qualité, qui sortent de l’ordinaire. Bon, il faut aussi se dire que ce tome est sortie dans la gamme MAX aux Etats-Unis, donc il s’adresse à un public mature et peut donc se permettre quelques écarts de conduite. Mais il n’empêche que c’est du très bon, la violence est certes omniprésente mais est propice à la réflexion. Notre héros, visiblement torturé, vient à nous faire nous demander ce qui fait de quelqu’un un héros ou un criminel, la différence pouvant parfois être très mince. Et à l’image du tome, la conclusion du récit est loin de retomber dans les poncifs du genre, avec un univers parfois trop manichéen… le bien, le mal… et aussi la question de la fin qui justifierait les moyens. Nighthawk ne s’adresse clairement pas à tout le monde, il faut pouvoir supporter la débauche de violence qui s’en accompagne, on évitera donc de le mettre entre les mains des plus jeunes mais pour ceux qui cherchent un récit dans la ligne droite de ce que peut nous offrir le Punisher, par exemple, c’est un comics à lire. Un seul regret à la fin de la lecture de ce tome, il n’y aura tout simplement pas de suite vu que la série n’a pas été reconduite par Marvel… le personnage, lui, n’a pas disparu puisqu’il fait des apparitions dans les autres titres, preuve qu’il aura marqué.

La note On a kiffé On espérait mieux
7/10
  • Un anti-héros charismatique
  • L’utilisation judicieuse de Chicago et son histoire
  • Le choix des couleurs
  • Un récit pour adulte, intelligent et qui ne nous prend pas par la main
  • …Vraiment pas fan de Villalobos
  • On restera sur notre faim

Pour se procurer le tome:

Nighthawk

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