[Critique] Lazarus – T01: Pour la famille

 

Profitant honteusement du fait que Glénat Comics fasse des promotions plus qu’agréables sur les premiers tomes de leur collection, j’ai pris ceux qu’il me manquait dont Lazarus … encore fallait-il que je trouve la motivation et l’inspiration pour vous en parler, ce que j’ai fini par trouver. Où? Pas dans un fond de tiroir, mais bien lors de ma lecture du premier tome de Lazarus. Je ne savais pas trop ce que j’allais bien pouvoir y trouver, donc c’est sans attente que je me suis lancé dans cette lecture et que je me suis laissé embarquer dans cet univers pour le moins sans concession, et avec un second degré de lecture intéressant… parce que Lazarus est plus que ce qu’il peut laisser entendre. 


Lazarus – Tome 1

Fiche technique:
Scénario : Greg Rucka
Dessin: Michael Lark
Editeurs: Glénat Comics
Date de sortie: 15 avril 2015

RésuméDans un futur proche et dystopique, les gouvernements ne sont plus que des concepts archaïques : le monde n’est plus divisé par zones géographiques mais par frontières financières. La richesse est synonyme de pouvoir, mais elle n’est l’apanage que d’une poignée de familles qui la conservent jalousement. Le reste de l’humanité peut bien aller au Diable… Dans chaque famille, une personne est élue pour subir un entrainement intensif, et obtenir le meilleur de ce que l’argent et la technologie peuvent offrir. Cette personne est à la fois la main qui frappe et le bouclier qui protège ; le représentant et le gardien de son clan, son… Lazarus ! 


Un avenir radieux! Welcome to Lazarus

Et si l’avenir n’était pas radieux? Et si l’argent en plus de ne pas faire le bonheur avait fait plus de mal que de bien? C’est dans une ambiance sombre et un univers pas très sympathique que va nous emmener Greg Rucka. Le monde est désormais aux mains de quelques familles fortunées, ayant droit de vie et de mort sur les habitants de leur territoire. Ces familles luttent pour garder le contrôle, et parvenir à rester au sommet de l’échelle alimentaire.

Cela implique des moyens radicaux, donc une merveille technologique: le Lazarus. Les Lazarus sont des êtres humains qui ne peuvent mourir grâce à de multiples implants et sont surentraînés pour pouvoir faire face à toutes les situations. Ici, nous allons suivre Forever, la Lazarus de la famille Carlyle. Greg Rucka va mélanger action et réflexion dans ce récit d’anticipation, et va nous livrer une vision sombre de ce que nous pourrions devenir.

Un père aimant… c’est beau

Mad Forever Max

Clairement, on ne peut pas nier que Rucka tente de nous montrer ici les excès de notre « bien aimé » capitalisme. Les riches ont pris le dessus et dirigent le monde. Pourquoi rester dans l’ombre quand maintenant ils peuvent œuvrer en plein jour? Le soucis dans ce genre de récit, c’est de donner une réelle cohérence à l’univers qu’on a créé. Rucka n’est pas le premier à nous prévenir, l’argent peut faire des dégâts et l’être humain est prêt à beaucoup (trop) de choses pour en avoir, encore et encore. Et ici, ça fonctionne et on pourrait y croire sans trop de problèmes. Si on met de côté la technologie Lazarus qui n’est pas encore à l’ordre du jour (quoique…), on pourrait un peu trop s’imaginer dans l’univers que nous propose Rucka.

L’entrée en scène pour Forever, tout en finesse

Rucka, militant? Oui, sûrement

Mais Lazarus a plusieurs degrés de lecture, j’ai commencé par vous parler du second, venons en au premier. Ce comics nous propose également un récit d’action et d’espionnage, menée par une héroïne plutôt badass. Forever est la Lazarus des Carlyle et le choix de Rucka n’est, à mon avis pas anodin. Surtout si on se rappelle, par exemple, le soucis que le scénariste a eu avec Frank Cho à propos d’une couverture de son run sur Wonder Woman.

Rucka avait exigé que la couverture que Frank Cho avait faite ne soit pas utilisée, parce qu’elle était trop sexualisée. Rucka souhaite faire bouger les choses et si cela n’a pas toujours été le cas, on peut clairement dire de lui qu’il est engagé. Je me permettrai d’ailleurs de citer un passage d’une interview qu’il a fait avec Comicosity, à propos de Wonder Woman et du fait que les amazones soient un peuple « queer » pour illustrer mon propos (et, je trouve, l’intelligence de son écriture):

Now, are we saying Diana has been in love and had relationships with other women? As Nicola and I approach it, the answer is obviously yes.

And it needs to be yes for a number of reasons. But perhaps foremost among them is, if no, then she leaves paradise only because of a potential romantic relationship with Steve [Trevor]. And that diminishes her character. It would hurt the character and take away her heroism.

When we talk about agency of characters in 2016, Diana deciding to leave her home forever — which is what she believes she’s doing — if she does that because she’s fallen for a guy, I believe that diminishes her heroism. – Rucka, Interview avec Comicosity

Dois-je expliquer en quoi son point de vue est intéressant et ce, pour plusieurs raisons? Donc Rucka nous propose une héroïne et Forever Carlyle est juste terrifiante, dans le bon sens. Une femme forte, dans un récit d’actions et peu sexualisée, d’autant plus quand on voit le style graphique.

Son équipement fait vrai et c’est tant mieux

Lark et Rucka, un duo qui marche

Michael Lark s’occupe des illustrations avec un style réaliste et sombre. Le sens du découpage des cases donnent un côté filmique au comics et très dynamique. Le dessinateur était clairement l’homme de la situation, tant ses dessins collent au récit. Au fil des cases, on découvre cet univers dystopique et Lark fait en sorte que le lecteur comprenne qu’il est en territoire hostile.

1 contre 3, les pauvres n’auront aucune chance

Le meilleur est encore à venir? Ou à lire?

Nous sommes ici en face d’une longue saga, j’ai donc encore pas mal de lecture de retard et je vais pouvoir voir si Rucka est capable de se renouveler. Mais pour en revenir à ce premier tome, je me suis trouvé en face d’un univers qui propose quelque chose que je n’avais pas encore vu ou lu, et qui est bien dans l’air du temps. Nous n’en sommes pas encore aussi loin, heureusement, mais il suffit de regarder un peu l’actualité pour voir que Rucka est un homme un peu trop bien inspiré.

Et encore, je n’ai pas mis en avant aussi que Lazarus parle de famille, et en parle bien. Alors certes, une famille dysfonctionnelle mais c’est intéressant de voir les rouages qui se mettent en place entre frères et sœurs, ainsi qu’avec le patriarche Carlyle. Ce premier tome vaut donc largement son prix, d’autant qu’il est actuellement moins cher donc aucune raison de ne pas en profiter honteusement, comme je l’ai fait.

Sir Didymus Écrit par :

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