Interview d’Alison Sampson – Paris Comic Con 2018

Lors de la Paris Comic Con 2018, la rédaction de Be Comics a eu l’immense honneur et le plaisir de rencontrer quelques artistes. La talentueuse Alison Sampson, dessinatrice de Winnebago Graveyard a accepté de se prêter au jeu et fait l’objet de notre première interview. D’autres sont à venir.

couverture winnebago graveyard


Interview d’Alison Sampson

  • Pour vous, Winnebago Graveyard est une histoire à propos de quoi?

C’est à propos d’une famille qui part en vacances avec leur camping car. Et ils se font accidentellement voler leur camping dans une fête foraine bizarre. Et ils se font ensuite coincer dans une ville remplie de satanistes. Et la suite, vous la découvrirez dans le livre. Mais c’est écrit par Steve Niles, donc que pensez-vous qu’il va se passer ensuite? *rire*

  • Winnebago Graveyard se déroule dans le sud de la Californie, y a-t-il une raison à cela?

Oui, Steve y habite. A l’origine, il habitait au Texas et ce comics aurait du se dérouler au Texas mais il n’a jamais aimé le Texas. Le récit se déroule en fait dans un endroit réel appelé New Madrid. Et New Madrid se trouve à Mexico, donc c’est encore plus au sud que la Californie. Mais c’est un endroit réel.

  • Comment vous êtes vous préparée pour ce travail?

Il y a plusieurs façons de faire dans des cas comme celui-là. C’est une histoire et je ne peux pas en inventer le décor. Steve m’envoyait des idées et je basais des dessins dessus, ce qui revenait à répondre à ses idées qu’il utilisait pour écrire son histoire. Cette partie n’était pas très fouillée, c’était plus des choses et des gens que je voulais dessiner, mais ce n’était pas spécifique.

Ensuite j’aime encontrer les créateurs avec qui je travaille. C’est une bonne chose, une bonne chose en général. J’ai eu la chance de partir aux États-Unis et quand j’y étais, je suis allée rendre visite à Steve chez lui, avec ses filles, ses chiens et ses chats. Ah et aussi, avec Monica, sa femme. J’ai donc fait ça et c’était génial.

Ils m’ont fait faire un tour de l’endroit où ils vivent. Ils m’ont aussi montré plusieurs endroits qui se trouvent dans le livre, j’en ai pris des photos. Puis nous avons aussi discuté ensemble du projet. Cette conversation est en fait ce qui nous a permis de faire le livre, ce qui nous intéressait et que nous voulions retrouver dans le livre.

  • Et il y a vraiment des cimetières remplis de camping cars là-bas?

Ça doit sans doute exister, mais c’est la ville qui existe réellement. Le cimetière de camping cars, lui je l’ai inventé totalement. Le livre est surtout basé sur de la peur brute, ces endroits sont délibérément non spécifiques. Par exemple, les gens ont parfois peur de la campagne, vous avez toujours quelqu’un qui vous regarde au loin avec un air étrange.

  • Vous avez dit lors d’une précédente interview que vous aimiez dessiner Chrissie. Mais avez-vous également une scène en particulier que vous avez aimé dessiné?

En fait, Chrissie est également basée sur une personne réelle. Les gens m’ont demandé si c’était moi, mais en vérité c’est une de mes amies en Angleterre. Ça m’a aidé de pouvoir faire le livre avec elle comme soutien. C’est le personnage principal, c’est le cœur du livre.

Le garçon sur la couverture, là, c’est en réalité mon neveu. C’est assez amusant en fait, dans ce livre il y a plusieurs personnes réelles. Avouons-le, l’histoire est plutôt ridicule et on a pris du plaisir à refaire les scènes et les expressions, par exemple crier fort la bouche ouverte.

  • Vous leur avez demandé d’avoir ses expressions pour vous baser dessus?

Oui, bien entendu. En fait, c’est même thérapeutique. Mon amie qui sert de modèle pour Chrissie, elle travaille pour la NHS en Angleterre. Et quand elle finit son travail, elle est souvent stressée. Et pour elle, revenir de son travail, me rencontrer puis faire toute sorte de grimaces lui a fait vraiment du bien. *rire* Certains des visages sont les miens, et c’est moi qui devait faire les grimaces alors.

  • Vous avez travaillé pendant 20 ans comme architecte. Et vous avez dit que cette expérience vous a donné l’envie de créer des mondes convaincants. Pour vous, c’est quoi un monde convaincant?

Oh, c’est une question très intéressante… Je vais vous dire ce qui ne l’est pas. Beaucoup de dessinateurs essaient de comprendre l’entièreté du monde avant dde commencer à le dessiner. Mais moi, je pense que vous ne devez comprendre que la partie que vous êtes en train de dessiner. Dans l’architecture, tout doit fonctionner ensemble, chaque morceau. Et dans les comics, seulement les morceaux que vous voyez. Ces morceaux doivent fonctionner, mais ne doivent pas forcément être connectés à un ensemble.

Donc, par exemple, vous ne devez pas dessiner une chambre qui est en réalité une vraie chambre. Vous pourriez dessinez une chambre avec 8 côtés. Regardez cette pièce par exemple, elle a des côté de partout. Et vous pourriez dessiner ce que vous voulez dedans. En fait, dessiner ce que vous voulez est souvent plus convaincant que, par exemple, une chambre qui serait de forme carrée. Parce qu’en réalité, aucune chambre n’est carrée.

  • Vous avez dit que vous aviez fait lire Winnebago Graveyard à votre neveu quand il avait 12 ans, quelle a été sa réaction?

Je pense qu’il l’a lu en entier, il a 13 ans maintenant. Son père est quelqu’un de très ouvert et lui laisse faire à peu près ce qu’il veut. Et s’il fait une erreur, il apprendra de cette erreur. Je lui ai fait lire ce comics quand il avait 12 ans, mais je tiens à préciser que j’ai lu des histoires d’horreur et mon frère aussi alors que nous étions bien plus jeunes que mon neveu.

A l’époque, nous n’avions que quelques livres disponibles. Nous vivions à la campagne et nous recevions les livres d’une camionnette-librairie. Et bien entendu, avec une librairie de cette taille, les seuls livres étaient pulps: de l’horreur trash, de la romance trash, … Et c’est la raison pour laquelle mon frère et moi lisions ce genre de livres quand nous étions jeunes, vraiment jeunes.

Mon neveu était plus âgé, donc nous n’avons pas eu de problème pour lui faire lire le comics. Il est adolescent maintenant, il a déjà tout vu. *rire*

  • Il n’a pas été effrayé par l’histoire?

Oui, un peu. C’est un enfant normal de 12 ans, mais je ne lui ai pas tout raconté. Pour tout vous dire, il y a un garçon plus jeune dans le livre. Lui, par exemple, nous ne lui avons raconté que ce que le personnage faisait. Mon neveu avait 11 ans lors de l’écriture du comics et les choses qu’il fait dans le comics sont parfaites pour un enfant de cet âge. Il a les meilleures parties en fait.

Maintenant imaginez que vous racontez tout cela à un enfant de 11 ans, il était ravi et il se trouvait génial. Il n’avait rien besoin de savoir de plus. Donc on leur racontait leurs parties sans tenir compte du reste. Et cela marchait vraiment bien.

  • Est-ce que tous les personnages dans le comics sont basés sur des personnes réelles?

Oui, enfin oui et non. Il y a quelques personnages que j’ai inventé. Mais par contre, dans le comics pour lequel je dessine actuellement, Hit Girl, et qui se passe en Inde, il y a énormément de personnages et de visages. Et comme tout se passe en Inde et que je n’ai pas l’habitude de dessiner ce genre de visages, ils sont tous basés sur des personnes réelles. Dans Winnebago Graveyard, ils sont majoritairement basés sur des personnes réelles, sauf quelques uns dont les satanistes qui sont inventés ou basés sur moi.

  • Quelles ont été vos références pour vos dessins plus crus?

Vous ne pouvez pas prendre cela trop au sérieux. J’ai eu des cours de biologie donc je sais où sont les yeux, où sont les dents, … Mais j’ai dû imaginer une bonne partie des dessins. Et c’est là que mon travail d’architecte entre en jeu car dans ce métier, vous devez imaginer des choses et les inventer à partir de rien.

  • Quelle est la première étape pour commencer un dessin?

J’ai commencé par lire le script. Steve fait ce travail depuis longtemps et il sait ce qu’il fait. Donc le script est fait correctement et toutes les informations nécessaires s’y trouvent. A partir de ça, je fais un schéma qui va reprendre l’ensemble du script comme cela, les lecteurs voient que chaque case fait partie d’un ensemble.

Ensuite je travaille sur les mouvements, sur le choses qui vont se trouver sur la page. Par exemple, sur une page j’ai dessiné une plante typique des déserts comme ça, le lecteur sait tout de suite qu’il se trouve dans un paysage désertique. Puis il y a des choses que vous devez imaginer comme ce corps qui je suppose est découpé en deux. Et là, vous devez alors imaginer ce qu’il se passerait si c’était réel. Puis vient la question de ce que vous pouvez dessiner car je ne peux pas toujours tout dessiner, donc je réfléchis à la mise en scène.

En fait, c’est un peu comme résoudre un puzzle.

  • Est-ce que vous lisez un comics actuellement?

Je n’ai pas beaucoup de temps pour lire quand je travaille sur un comics, à cause des nombreuses deadlines. Mais le prochain comics que je veux lire, c’est House of Penance de Peter Tomasi, paru chez Glénat. Je ne sais pas lire le français, mais je pense que lire un comics est une bonne façon d’apprendre la langue. Parce qu’il n’y a pas beaucoup à lire et vous avez beaucoup d’indices sur ce qu’il se passe avec les dessins.

Le dernier comics que j’ai lu, quant à lui, est un comics en portugais donné par un ami, Pedro Cobiaco, qui est un jeune artiste brésilien. Il m’a donné ce comics il y a deux semaines quand je l’ai rencontré à New York et c’est un des plus beaux comics que j’ai lu jusque-là.

Ce projet est toujours en vie, et il contient énormément d’artistes. D’ailleurs si vous le cherchez, vous trouverez également Pedro Cobiaco. Think of City est une œuvre d’art vivante, avec près de 200 artistes ayant travaillé dessus, dans lequel nous construisons une ville tous ensemble par morceau, depuis une dizaine d’années. Nous le faisons en temps réel et chacun son tour. C’est sous forme de cadavre exquis donc un premier artiste dessine un morceau de la ville, puis il le transmet au suivant.

L’artiste suivant doit connecter son morceau aux précédents mais la façon de le faire est leur décision. C’est un projet d’art charmant, tout le monde aime y participer. Des gens de partout dans le monde suivent ce projet. Il n’y a pas d’éditeurs, pas d’argent, chacun y travaille pour le plaisir d’y travailler.


Vous pouvez retrouvez notre critique de Winnebago Graveyard sur le site de Be Comics.

Un tout grand merci à Glénat Comics pour nous avoir permis de faire cette rencontre, et les autres aussi.

Sir Didymus Écrit par :

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